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Bertrand Tavernier : "Faire comme si le cinéma avait été inventé en 1720..."

Lors de la sortie de son deuxième long-métrage, Que la fête commence..., en 1975, le cinéaste s'expliquait son envie de parvenir à un film "libre et polémique", qui, en relisant un petit chapitre de l'Histoire de France, la Régence, en raconte l'importance, tout en adoptant un ton moderne...

« Si vous voulez faire des films excitants, lisez la première page des journaux et relisez l'Histoire de votre pays.» déclarait Darryl Zanuck lors d'une conférence de scénaristes à la Warner, un peu avant d'entreprendre Je suis un évadé 4è célèbre film de Mervin Le Roy.

Avec Jean Aurenche nous avons donc voulu relire un tout petit chapitre de l'Histoire de France, un chapitre sur lequel on passe très rapidement dans les manuels scolaires et qui pourtant a eu une grande importance : la Régence.

Huit années qui ont bouleversé la France. Michelet y sent «le souffle précurseur de 1789. Pour la première fois le gouverne­ment à des entrailles humaines et sent la faim de la France». Cette lecture, nous l'avons centrée autour de quatre personnages : trois hommes qui, chacun à sa manière, vont essayer de changer le monde qui les entoure et une jeune fille, presque une enfant, une jeune prostituée qui regarde ces hommes, qui regarde le monde et qui, à sa manière, les juge ou les comprend.

En parodiant Sergio Leone on pourrait sous-titrer : le libéral, le cynique, l'idéaliste et la putain. Tout autour d'eux, c'est une cascade d'aventures ou de péripéties auxquelles nous avons voulu donner un ton libre et polémique, irrespectueux et dramatique, lyrique ou cocasse comme on le trouve dans les films historiques italiens de Freda et de Comencini. Comme on le trouve aussi dans les ouvrages de Claude Manceron.

Produire un tel film est un acte de courage : on dit que le Français n'aime pas la géogra­phie. Si l'on consulte la liste des films tournés depuis Méliès, on pourrait se demander s'il aime l'histoire. Et pourtant le succès des ouvrages de Guillemin, de Manceron, de certaines émissions de télévision permettent de penser le contraire.

A condition semble-t-il, que l'His­toire n'étouffe pas la vie, qu'elle ne la fige pas. Nous avons donc tourné ce film comme si le cinéma avait été inventé en 1720, en es­sayant de lui donner un ton moderne, en utilisant la caméra à la main, le son direct et uni­quement des extérieurs réels. Il ne s'agissait pas d'oublier l'Histoire au profit du quotidien, mais de ne la retrouver qu'à certains moments, comme par hasard, de manière inattendue et brutale et de lui don­ner cette couleur automnale qui est celle d'un monde qui s'écroule.

Bertrand Tavernier.

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