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Chanteuse, voyante, actrice... Miwa, la star intégrale

Star au Japon, amante de Mishima, flamboyante provocatrice, Miwa est un homme mais qui a vécu la plus grande partie de sa vie en femme intégrale, adulée par tout le pays. Un CV incroyable.

Akihiro Miwa est né le 15 Mai 1935 à Nagasaki. Sa famille tient un café adossé à des bains publics, tous deux tenus par ses parents.

Miwa et son frère ainé sont envoyés dans une école où enseignent des missionnaires venus du monde entier. Nagasaki est alors un port de commerce considéré comme le portail d'entrée du Japon, et la ville est un haut lieu de culture. Miwa apprend le Français auprès d'un prêtre venu de France, puis s'initie à d'autres langues étrangères en fréquentant les nombreux cinémas de la ville.

Miwa s'appelle encore Akihiro Maruyama, et sa maison est située en face d'un magasin de musique. Le jeune homme prend goût très tôt la musique classique, mais aussi à la chanson française, très en vogue dans les annéees 30-40.

De Nagasaki à Tokyo

Les parents de Miwa ne survivent pas aux bombardements de Nagasaki de 1945. Le jeune garçon  est alors adopté. En 1950, il quitte Nagasaki pour intégrer l'Université Nationale des Arts et de la Musique de Tokyo. Parallèlement, il s'essaye à la chanson dans les cabarets où viennent se distraire les troupes américaines. Mais Miwa est contraint d'abandonner ses études pour retourner à Nagasaki afin d'aider ses parents adoptifs.En 1952, Miwa a 17 ans et décide de retourner à Tokyo pour vivre sa vie d'artiste.

Il se fait engager comme hôte d'accueil au Brunswick, un café littéraire, où il croise Mishima pour la première fois. On le pousse à monter sur scène, où Miwa reprend des classiques d'Edith Piaf, Yvette Guilbert ou Marie Dubas. Son style androgyne fait fureur, et il devient vite la sensation du quartier de Ginza, en même temps que se développe son amitié pour Mishima.

En 1957, il signe pour son premier disque : une reprise de "Meque Meque" de Gilbert Bécaud, que Miwa a lui-même adapté en Japonais. Le disque est un énorme succés.

Acteur et chanteur

Les studios de cinéma s'intéressent trés vite à lui, et Miwa tourne plusieurs films pour la Daiei et la Toho, parmi lesquels Courant chaud de Yasuzo Masumura (1957).

L'année 1959, il tourne dans pas moins de six films.Miwa entreprend plusieurs tours de chant à travers le Japon, puis s'offre son premier séjour en France au début des annéees 60, où il habite le Quartier Latin.De retour au Japon, lassé du peu de rôles qu'on lui propose, il décide de s'habiller en femme, et de réinvestir la scène de Ginza, le quartier nocturne de Tokyo. Ses spectacles au Gin Paris font sensation, et mettent à l'honneur le répertoire français, que Miwa affectionne particulièrement.

Mishima lui propose alors de reprendre sur scène le rôle-titre de sa pièce Le Lézard Noir, où il incarne une voleuse de bijoux collectionneuse d'art. La pièce se joue à guichets fermés en 1965, et vaudra à Miwa d'être approché par la scène underground qui fait sensation dans le quartier de Shinjuku. L'enfant terrible de la marge japonaise Shuji Terayama lui écrit un rôle dans la pièce Le Bossu d'Aomori, que Miwa joue cette même année.

Icône de l'underground, puis vedette de studio

En 1966, Miwa remonte sur scène pour un spectacle chanté où il partage la vedette avec Mishima, avec qui il interprête le célèbre duo "Le matelot qui fut tué par des roses en papier" - duo écrit par Miwa, et qui se conclut par un baiser entre les deux vedettes.

Shuji Terayama le reconvoque pour un rôle sur mesure, La Marie Vison (1967), qui est le succès de Shinjuku cette année-là.La puissante compagnie Shochiku propose alors à Miwa de reprendre son rôle du Lezard Noir, dans un film qui reste deux ans à l'affiche. Il est suivi par un film avec la même équipe, La Demeure de la Rose Noire (1969), un mélodrame inspiré des films de Douglas Sirk, où Miwa incarne une mystérieuse femme fatale qui rend fou tous les hommes qu'elle approche. Parallèlement, Miwa soutient les étudiants japonais dont les manifestations de 1968 vont durer plus d'une année, et cache certains étudiants recherchés par la police.

Mort de Mishima et chansons sociales

En Novembre 1970, Yukio Mishima se suicide en public. Miwa perd un ami trés cher, dont il a inspiré plusieurs textes. Par superstition, il change son nom Akihiro Maruyama (sous lequel il officiait jusqu'alors) en Akihiro Miwa, contre l'avis de ses proches et de son agent.Il apparait en 1971 dans le manifeste anarchiste Jetons les livres et sortons dans la rue, film de Shuji Terayama qui sortira en France par la suite.

Puis Miwa décide de reprendre son allure d'homme, et de chanter une de ses propres compositions, la chanson sociale "Yoitomake no Uta" (La complainte de l'ouvrier journalier aka La chainson de l’ouvrier). Si le public rejette sa nouvelle allure masculine, le morceau est un triomphe - et reste aujourd'hui l'un des plus gros succès de la chanson au Japon.

Retour triomphal à Ginza

Miwa se réinstalle à Ginza, en femme, et monte plusieurs revues. Il se lie d'amitié avec le jeune Takeshi Kitano, qui donne des spectacles avec un acolyte dans un cabaret du coin. Il fait une nouvelle tentative d'apparaitre en homme dans le film musical Le Nombril du Japon (1977), dont il a le rôle principal, mais le public ne suit pas. Il décide alors de reprendre le rôle de Judith Bliss dans la pièce du britannique Noel Coward Hay Fever (connue en France sous le titre Week-end), en 1978. Puis c'est au tour de La Cage aux Folles d'être repris par ses soins, Miwa étant devenu le metteur en scène des pièces dans lesquelles il joue.

Ambassadeur du bon goût

Dans les années 80, Akihiro Miwa développe son goût pour l'écriture, et entreprend de rédiger des manuels de savoir-vivre à l'usage des jeunes filles. Il en écrit une vingtaine, qui sont autant de succès en librairie. Il reprend La Marie Vison de Terayama en 1983, un peu avant la mort de son auteur. Il continue le théatre, fait un peu de télévision, puis se fait approcher par plusieurs studios d'animation, qui le sollicitent pour sa voix particulière.

On retiendra de sa carrière de "voix" ses performances pour son ami Hayao Miyazaki, pour qui il personnifie la louve de Princesse Mononoké (1997) et la grand-mère du Château ambulant (2004).

Takeshi Kitano lui donne un second rôle dans Takeshis en 2005, mais Miwa préfère dorénavant se consacrer au théatre, en mettant en scène L'Aigle à deux têtes ou La Dame aux Camélias. Parallèlement, il anime pendant 4 ans une animation de voyance à la télévision.

Aujourd'hui, Akihiro Miwa continue ses tours de chant, systématiquement intitulés L'Amour.

En 2011, Miwa reprend L'Hymne à l'amour, sa comédie musicale retraçant la vie de son idole de toujours, Edith Piaf, qu'il interprête lui-même de l'âge de 14 ans jusqu'à sa mort.

Pour les 45 ans du film Le Lézard Noir, Akihiro Miwa reprend la pièce à Tokyo à partir du 5 Avril 2013.

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