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La femme et le fils du Duce : deux personnages broyés par l'histoire

Qui furent les vrais Ida Dalser et Benito Albino Mussolini ? Retour sur une histoire de mort et d'oubli.

Ida Dalser est née en 1880, à Sopramonte - dont le maire n’est autre que son père -, près de Trente, ce qui fait d’elle un sujet de l’empire austro-hongrois (c’est pourquoi on l’appelait aussi « l’Autrichienne »). Issue d’une famille aisée, cette belle jeune fille de bonne famille est également très entreprenante puisque, à peine diplômée en médecine esthétique à Paris et alors qu’elle est âgée d’un peu plus de vingt ans, elle part à Milan ouvrir son propre salon de beauté « à la française ». Elle représente en ce sens, et pour l’époque, un rare exemple de femme à son compte.

Puis, ce fut la rencontre avec Mussolini et le début d’une passion irrésistible. Quand Mussolini est mis à la porte du journal Avanti ! et du parti Socialiste Italien, en raison de son interventionnisme - influencé également par le mouvement futuriste -, Ida le soutient pleinement. Elle vend tout pour lui - son appartement, son salon de beauté - pour financer son journal, Il popolo d’Italia, qui deviendra par la suite l’organe du Parti National Fasciste. S’il n’en reste aucune trace écrite, une rumeur insistante affirme qu’Ida Dalser et Benito Mussolini se seraient même mariés religieusement en septembre 1914. Ce qui est sûr, en revanche, c’est que le 11 novembre 1915 naît un enfant : Benito Albino Mussolini. Le Duce reconnut son fils à sa naissance mais, quelques années plus tard, il en fit falsifier l’état civil - la date de naissance et le nom de famille.

Parallèlement à sa relation avec Ida Dalser, Mussolini entretient une liaison avec Rachele Guidi. Un an après son mariage non certifié avec Ida Dalser, c’est-à-dire le 17 décembre 1915, il se marie civilement - à l’hôpital de Treviglio, situé près de Bergame, où il est hospitalisé - avec Rachele Guidi dont il a une fille, Edda, qui est née, quant à elle, en 1910. Elle est donc considérée illégitime au regard de la législation de l’époque. Elle fut d’ailleurs enregistrée à l’état civil sous le nom de Mussolini, née de mère inconnue.

Face à cette situation et à l’éloignement progressif de Mussolini - qui se détache d’elle à mesure qu’augmente son pouvoir -, Ida Dalser réagit avec orgueil, fermeté et agressivité. En tant que femme légitime et mère du premier enfant de Mussolini, elle revendique ses droits et ceux de son fils. Mais, de par ses prétentions et ses multiples scènes, Mussolini décide de la faire passer pour folle. En 1926, Ida Dalser est arrêtée et internée dans l’asile d’aliénés de Pergine, à côté de Trente ; puis, elle sera transférée dans celui de San Clemente, situé sur une île en face de Venise. C’est en vain qu’elle multiplie les tentatives afin d’entrer en contact avec Mussolini et les plus hautes instances du pays pour que quelqu’un lui vienne en aide. Ida Dalser écrit d’innombrables appels au secours - même au Pape -, mais ces courriers ne furent jamais envoyés car ils étaient interceptés et détruits (il en reste toutefois quelques traces). Alors que le médecin en chef de San Clemente ne diagnostique aucun trouble mental, aucune tare physique, elle doit subir les pires tortures. Elle finira ses jours à demi paralysée et c’est là, à San Clemente, qu’elle meurt le 3 décembre 1937 d’une hémorragie cérébrale. Et ce, après onze années d’internement, et sans avoir jamais revu son fils.

Benito Albino, pourtant reconnu à sa naissance par Mussolini, est lui aussi arrêté et interné en 1936 dans l’asile d’aliénés de Mombello, situé à Limbiate, près de Milan.

On a fait disparaître les documents et les dossiers médicaux concernant Ida Dalser et son fils. Les pages du registre paroissial qui auraient pu apporter - du moins, on le suppose - des informations sur le mariage de Mussolini avec Ida Dalser ont, quant à elles, été déchirées. Si le fils, Benito Albino, né le 11 novembre 1915, est tout d’abord enregistré sous le nom de sa mère, le futur Duce ne tardera pas à le reconnaître quelques semaines plus tard, soit le 11 janvier 1916, dans l’étude du notaire Angelo Buffoni de Monza. Cette reconnaissance restera valide jusqu’en 1932, date à laquelle, par décret royal, on changera le nom de Mussolini par celui de Bernardi, à savoir le commissaire préfectoral de Trente, qui fit alors également office de tuteur.

Benito Albino, à qui on interdit de revoir sa mère, fut d’abord élevé dans un collège des Barnabites, puis enrôlé dans la Marine de guerre italienne, mais toujours placé, à ce qu’il semble, sous haute surveillance de la police politique. Envoyé en mission en Chine, le jeune marin, qui ressemblait à s’y méprendre à son père, fut rapatrié sous le prétexte fallacieux que sa mère était morte. Il partagea son sort : interné à l’hôpital psychiatrique de Milan, il mourut le 26 août 1942, à l’âge de 26 ans. Il subit pendant plusieurs années des sévices que l’on pratiquait à titre thérapeutique. On le laissa mourir. Le certificat de décès indique qu’il serait mort « de marasme ». Les tombes d’Ida Dalser et de Benito Albino Mussolini n’existent pas : leurs corps ont été jetés dans des fosses communes.